A l’heure actuelle, le Vautour moine reste une espèce menacée, classée en « Danger » sur la liste rouge nationale de l’UICN (Union International pour la Conservation de la Nature). Avec 52 couples nicheurs en France (2025), son retour est lent et l’espèce fait encore face à de nombreuses menaces.
Evolution du nombre de couples reproducteurs
Evolution du nombre de jeunes à l'envol
Pourquoi le Vautour Moine est-il menacé ?
Contrairement à d’autres espèces, l’habitat du Vautour moine n’est pas particulièrement menacé. Cependant, un panel très diversifié de menaces et de dérangements sur les sites de reproduction rend l’espèce extrêmement vulnérable.
Electrocutions
Le réseau électrique est l’une des principales causes de mortalité des grands rapaces. Les vautours moines, à la différence d’autres rapaces, n’utilisent que très rarement les poteaux électriques comme perchoir, la mort peut survenir par électrocution ou percussion avec les câbles. La probabilité d’entrée en contact avec les lignes est par ailleurs d’autant plus grande en cas de mauvaise visibilité (brouillard) ou de faible diamètre du câble (Moreno Opo, 2007). Suivant le territoire occupé par les populations de vautours moines, la menace que représente le réseau électrique est plus ou moins importante. En France les lignes électriques sont à l’origine du plus grand nombre de décès. On compte ainsi, sur 38 cas de mortalités recensées entre 2012 et 2020 dont l’origine de la mort a été identifiée, 42% de mort par percussion/électrocution.
Maladies
Diverses pathologies infectieuses, insuffisance rénale, anémie, cachexie, etc. sont régulièrement constatées, faisant de ces maladies une cause majeure de mortalité chez le Vautour moine.
Tirs
Peu d’études sur le vautour moine traitent des cas de mortalité par tir. En revanche, cette menace demeure présente et apparait comme l’une des causes de mortalité du Vautour moine. En marge mais toujours présente, cette menace montre l’importance de poursuivre les actions de sensibilisation et de communication auprès des chasseurs.
Eolien
Le comportement exploratoire et l’utilisation de l’espace sur de larges distances par les grands rapaces augmente le risque de collision avec les éoliennes. De nombreux cas de mortalité dû à des collisions avec des éoliennes ont été référencé. Une forte implication de la filière éolienne et des différents experts sur l’élaboration de mesures permettant un développement adapté et des risques réduits pour les installations existantes, est plus que nécessaire.


Empoisonnement
Il y a trois cas d’empoisonnement chez les vautours, et par conséquent chez les Vautour moine : les poisons, les traitements vétérinaires et les métaux lourds.
Pour le cas des poisons, il y a différentes situations, dans la majorité des cas les moines ont consommé un appât qui ne leur était pas destiné, ils peuvent également avoir consommé un animal mort qui était empoisonné, ou consommé un appât qui leur était directement destiné. Des cas d’intoxication dû à des pesticides sont également référencés.
Concernant les traitements vétérinaires, les vautours, en consommant le bétail mort, ingurgitent les produits pharmaceutiques vétérinaires. L’effet des différents traitements sanitaires destinés au bétail sur la survie, le comportement ou les pathologies des vautours est largement méconnu. L’intensification croissante de l’élevage conduit à une augmentation de l’impact des produits pharmaceutiques sur les populations de charognards. Exemple dans les Grands Causses en 2017, de nombreux vautours fauves ont été observés en difficulté (troubles nerveux, difficultés à décoller et à voler, chutes en vol, etc.) sur une placette d’équarrissage naturelle où avait été déposé un cheval euthanasié.
Enfin, les effets des métaux lourds sur les organismes vivants sont multiples : des concentrations élevées peuvent être mortelles et des concentrations plus faibles peuvent avoir des effets sub-létaux tels qu’une diminution du taux de croissance, une baisse du succès de reproduction et une modification du comportement. Cette exposition au plomb est majoritairement associée aux munitions de chasse.
Dérangements
Les grands rapaces sont généralement sensibles à la présence humaine, et différentes activités peuvent entraîner des échecs de la reproduction. Des activités telles que la randonnées, l’escalade, le parapente, etc., à moins de 800m du nid, peuvent occasionner du dérangement. Des activités très bruyantes comme la chasse, les survols motorisés peuvent également déranger, et ce dès 1,5 km du nid.
Un dérangement peut se traduire par des effets directs comme la chute du poussin du nid, l’abandon de la ponte ou du poussin par les parents, ou encore l’abandon du site de reproduction. D’autres effets moins visibles et plus difficiles à appréhender peuvent y être associés : stress, affaiblissement du métabolisme, etc. Si un couple est perturbé sur son territoire de reproduction, les effets de ces perturbations pourront être différés les années suivantes par un cumul de stress amenant à un nouvel échec. Ces perturbations différées peuvent aussi se matérialiser par le changement vers un site souvent moins propice.
Quelles actions sont mises en place pour lutter contre ces menaces ?
Concernant les lignes électriques et les risques d’électrocution/percussion, plusieurs dispositifs et actions peuvent être mis en place, comme la sécurisation des lignes électriques à l’aide de balise « firefly », la sécurisation des pylônes électriques avec des cierges ou des effaroucheurs, ou bien l’enfouissement des lignes dans le sol.
Pour ce qui est des tirs et de l’empoisonnement, une application « Ornisave » a été créée pour les professionnels de la conservation des vautours, pour détecter plus facilement les mortalités d’individus et ainsi permettre une prise en charge plus rapide des procédures judiciaires.
En ce qui concerne l’éolien, un porter à connaissance auprès des services de l’état et des collectivités territoriales est réaliser afin d’éviter le développement de parcs éoliens dans les zones de domaine vital du Vautour moine.
Pour limiter au maximum les dérangements sur cette espèce, plusieurs dispositifs et actions sont réalisés. Dans un premier temps, des « Zones de Sensibilité Majeur » (ZSM), sont délimitées autour des nids des Vautours moines sur une période donnée, permettant d’informer tous publics à la présence et au besoin de quiétude de cette espèce. Dans un second temps, une concertation avec les acteurs de sports de pleine nature est effectuée afin de prendre en compte la sensibilité de l’espèce, ainsi que la préservation de son habitat dans les sports de pleine nature.
Enfin, face aux maladies, peu d’actions sont réellement possibles.